SOLIDARITE KOKOPELLI
Le Grain d'Avoine
PAPAGENO
Quelle idée saugrenue de cultiver des céréales à paille au potager? Y porque no, caramba ! Il serait en effet plus pertinent de s'inquiéter qu'elles en soient à ce point absentes1. La proposition ne devrait pas surprendre et encore moins heurter le sens commun de jardiniers préoccupés de la générosité de leurs sols. Leur vitalité n'est pas toujours au top à la vue de nombre de plates-bandes dénudées en ces fins de récoltes. « L'urgence de l'urgence c'est la vie des sols ! »2 tempêtait, voilà plus de vingt ans, Claude Bourguignon qui précisait : « 60% sont frappés d'érosion. 90% ont une activité biologique trop faible et en particulier un taux de champignons trop bas. Idem dans le monde. De plus le phénomène de fatigue des sols (chute de rendements) se fait sentir en maraîchage et en culture betteravière ». Loin de nous la pensée de comparer l'état de vos plates-bandes à celui des plaines qui font office de support de cultures industrielles. Suggérons néanmoins qu'un déséquilibre dans leur ration alimentaire est à envisager et qu'en particulier ses champignons se serrent un peu trop la ceinture. D'autant qu'il y a belle lurette que le contenu fertiligène des ancêtres de nos toilettes sèches, autrefois qualifié d'engrais chinois voire flamand, est lessivé en pure perte au tout-à-l'égout. En tout cas, de quoi nourrir bien peu d'espoir en l'avenir d'une civilisation qui s'obstine à déféquer dans de l'eau potable.
A en croire la vulgate agricole, le blé épuiserait le sol plus que tout autre. Encore une idée reçue que tout bon agronome, mais convenons que ça ne court pas les champs de nos jours, récuse sans l'ombre d'une hésitation. C'est en fait tout le contraire dans la mesure où les pailles sont restitué à la voracité de leurs décomposeurs du réseau alimentaire du sol3. Si cela n'est pas le cas, sachez toutefois que dans une large proportion sa végétation est souterraine.
Quelle idée saugrenue de cultiver des céréales à paille au potager? Y porque no, caramba ! Il serait en effet plus pertinent de s'inquiéter qu'elles en soient à ce point absentes1. La proposition ne devrait pas surprendre et encore moins heurter le sens commun de jardiniers préoccupés de la générosité de leurs sols. Leur vitalité n'est pas toujours au top à la vue de nombre de plates-bandes dénudées en ces fins de récoltes. « L'urgence de l'urgence c'est la vie des sols ! »2 tempêtait, voilà plus de vingt ans, Claude Bourguignon qui précisait : « 60% sont frappés d'érosion. 90% ont une activité biologique trop faible et en particulier un taux de champignons trop bas. Idem dans le monde. De plus le phénomène de fatigue des sols (chute de rendements) se fait sentir en maraîchage et en culture betteravière ». Loin de nous la pensée de comparer l'état de vos plates-bandes à celui des plaines qui font office de support de cultures industrielles. Suggérons néanmoins qu'un déséquilibre dans leur ration alimentaire est à envisager et qu'en particulier ses champignons se serrent un peu trop la ceinture. D'autant qu'il y a belle lurette que le contenu fertiligène des ancêtres de nos toilettes sèches, autrefois qualifié d'engrais chinois voire flamand, est lessivé en pure perte au tout-à-l'égout. En tout cas, de quoi nourrir bien peu d'espoir en l'avenir d'une civilisation qui s'obstine à déféquer dans de l'eau potable.
A en croire la vulgate agricole, le blé épuiserait le sol plus que tout autre. Encore une idée reçue que tout bon agronome, mais convenons que ça ne court pas les champs de nos jours, récuse sans l'ombre d'une hésitation. C'est en fait tout le contraire dans la mesure où les pailles sont restitué à la voracité de leurs décomposeurs du réseau alimentaire du sol3. Si cela n'est pas le cas, sachez toutefois que dans une large proportion sa végétation est souterraine.
Il est vrai qu'il y a blé et blé et que les petits monstres modernes, seuls disponibles sur le marché, ont, entre autres séquelles sélectives, dramatiquement perdu leur capacité à développer d'alchimiques mycorhizes. Raison on ne peut plus impérieuse pour semer des variétés anciennes ou de pays et a fortiori des espèces telles amidonnier, poulard, engrain, orge, seigle, etc., par trop sacrifiées au culte de la baguette "tradi". L'incomparable développement végétatif de la plupart d'entre-elles a de quoi ravigoter un organisme anémié. Lors de la dernière grande canicule, nous avons vu des concombres cultivés après une sole de céréales demander sensiblement moins d'arrosage que de coutume. Quand on sait à quel point la plante structure et crée un humus à sa convenance, ne nous étonnons pas de n'avoir encore pas inventé, à contrario de culture hors-sol, de sol hors-plante - fécond s'entend.
Si le froment vous tente, pourquoi ne pas commencer en choisissant parmi ses innombrables variétés anciennes ou de pays, d'y mettre à germer de "l'Automne rouge barbu" ? L'occasion d'un clin d'œil à ce vieux Marx qui, en son temps, s'inquiétait déjà du danger des transferts de fertilité entre campagnes et villes, consécutifs à leur folle expansion. Vous pourrez toujours en faire une cure de jus d'herbe, véritable élixir de jouvence à en croire certaines sources.
A condition de ne pas la poursuivre outre mesure, vous récolterez accessoirement du grain à cuire, germer, décocter, moudre et prendre une part active à la préservation des "races primitives et variétés agricoles naturellement adaptées aux conditions locales et régionales et menacées d'érosion génétique" , comme l'on dit dans les milieux autorisés à légiférer. Accessoirement, car la principale difficulté au jardin - et de taille ! - consiste à protéger les parcelles proches de la maturité du pillage des oiseaux. Depuis les haies avoisinantes, ils multiplient les raids et certains vont jusqu'à sectionner et emporter des épis entiers.
Si malgré la sympathie qui leur est due, vous tenez à moissonner, il vous faudra installer un appareillage supportant un filet de protection alors que le grain est encore de consistance laiteuse. Sinon, il vous restera les pailles aux multiples usages depuis le paillage des fraisiers jusqu'à la confection de chapeaux de paille d'Italie. Pour ce faire, préférez des Blés de mars, à brins faibles et souples tels le "Grano marzuelo de Toscane", le "Froment pitoyable" ou "Rouge de Gruyère" si toutefois vous avez la chance d'en dénicher de la graine. Ils sont de plus fort utiles pour botteler toutes sortes de plants.
Voilà de quoi, nous l'espérons, vous faire accepter contre toute attente que « l'orge et l'avoine sont des légumes, le froment n'est pas un blé ». Telle était du moins la conception des maraîchers de Damgan, commune à l'embouchure de la Vilaine en Bretagne, avant que leur petit monde ne sombre.4 Picoti, picota, lève la queue et puis s'en va...
1. Voir : "Sens de l'humus", John Jeavons, dans "Les Semences de Kokopelli".
2. "Microbiologie des sols: Bourguignon". Terra Mater
3. Pour en savoir beaucoup plus : "Collaborer avec les bactéries et autres micro-organismes. Guide du réseau alimentaire du sol à destination des jardiniers". Jeff Lowenfels et Wayne Lewis aux éditions du Rouergue.
4. Sophie Laligant: "L'orge et l'avoine sont des légumes, le froment n'est pas un blé", Damgan, Bretagne sud, dans Ruralia, 2002-10/11.
Si le froment vous tente, pourquoi ne pas commencer en choisissant parmi ses innombrables variétés anciennes ou de pays, d'y mettre à germer de "l'Automne rouge barbu" ? L'occasion d'un clin d'œil à ce vieux Marx qui, en son temps, s'inquiétait déjà du danger des transferts de fertilité entre campagnes et villes, consécutifs à leur folle expansion. Vous pourrez toujours en faire une cure de jus d'herbe, véritable élixir de jouvence à en croire certaines sources.
A condition de ne pas la poursuivre outre mesure, vous récolterez accessoirement du grain à cuire, germer, décocter, moudre et prendre une part active à la préservation des "races primitives et variétés agricoles naturellement adaptées aux conditions locales et régionales et menacées d'érosion génétique" , comme l'on dit dans les milieux autorisés à légiférer. Accessoirement, car la principale difficulté au jardin - et de taille ! - consiste à protéger les parcelles proches de la maturité du pillage des oiseaux. Depuis les haies avoisinantes, ils multiplient les raids et certains vont jusqu'à sectionner et emporter des épis entiers.
Si malgré la sympathie qui leur est due, vous tenez à moissonner, il vous faudra installer un appareillage supportant un filet de protection alors que le grain est encore de consistance laiteuse. Sinon, il vous restera les pailles aux multiples usages depuis le paillage des fraisiers jusqu'à la confection de chapeaux de paille d'Italie. Pour ce faire, préférez des Blés de mars, à brins faibles et souples tels le "Grano marzuelo de Toscane", le "Froment pitoyable" ou "Rouge de Gruyère" si toutefois vous avez la chance d'en dénicher de la graine. Ils sont de plus fort utiles pour botteler toutes sortes de plants.
Voilà de quoi, nous l'espérons, vous faire accepter contre toute attente que « l'orge et l'avoine sont des légumes, le froment n'est pas un blé ». Telle était du moins la conception des maraîchers de Damgan, commune à l'embouchure de la Vilaine en Bretagne, avant que leur petit monde ne sombre.4 Picoti, picota, lève la queue et puis s'en va...
1. Voir : "Sens de l'humus", John Jeavons, dans "Les Semences de Kokopelli".
2. "Microbiologie des sols: Bourguignon". Terra Mater
3. Pour en savoir beaucoup plus : "Collaborer avec les bactéries et autres micro-organismes. Guide du réseau alimentaire du sol à destination des jardiniers". Jeff Lowenfels et Wayne Lewis aux éditions du Rouergue.
4. Sophie Laligant: "L'orge et l'avoine sont des légumes, le froment n'est pas un blé", Damgan, Bretagne sud, dans Ruralia, 2002-10/11.
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